Espace Presse

Les Hot Peppers au Far West

(source www.sudouest.com 29/05/2010)

 

  Voyage dans l'Ouest américain pour les danseurs country.  photo  dr

Voyage dans l’Ouest américain pour les danseurs country. photo dr

 

Pour clore l’année, l’association de danse country Western Hot Peppers proposait à ses adhérents, le week-end dernier, de se rendre au festival Fort Rainbow, à Cestas, en Gironde. Après un pique-nique, les Périgourdins ont ainsi découvert la reconstitution d’un village du Far West américain, avec divers campements d’Indiens, de trappeurs ou encore de militaires, avant de s’enthousiasmer pour les spectacles inscrits au programme des festivités : prestations équestres, line dance, pow wow, cow-boys. Ils ont fini cette journée en s’adonnant à leur loisir de prédilection, la danse country.

Le Far West s’invite à Cestas

(source www.sudouest.com 21/05/2010)

Fort Rainbow, petite enclave où se retrouvent des amoureux de cow-boys et d’indiens, fait son festival ce week-end

Jean-Michel Daulon, alias Percé, pose avec quelques compagnons de jeu. Photo Thierry David

Pour un peu, Bowler finissait encore la corde au cou. Comme à chaque bon festival western, tellement il fait bien le méchant. « Il va arriver en trappeur ou en Mexicain », promet Percé, l’Apache, agacé par le retard de son compère attendu pour la visite des lieux. Le soleil décline sur le grand ouest cestadais. Fort Rainbow sent la vieille bûche et l’herbe fraîche. À défaut du Rio Grande, c’est l’autoroute A 63 qui ronronne en sourdine. Ici, depuis huit ans, derrière les palissades, une centaine de passionnés revivent les grandes heures de l’Amérique des westerns.
Bowler déboule enfin. En Mexicain. Le vilain se dandine en roulant des mécaniques. Sous son sombrero géant, deux petits yeux gris éclairent un visage mâché, piqué d’une barbiche pas nette. Il s’arrête sur un coin de pelouse râpé, pose un genou à terre et se relève en grinçant. Bowler serre un petit plomb gris entre le pouce et l’index. « Hum, Winchester », commente-t-il du coin des lèvres. Percé acquiesce.
Du fromage dans le Colt
Un bandeau rouge enserre sa bouille de grand enfant. L’Apache à l’accent périgourdin arbore chemise d’époque et flûte en os de bison autour du cou. Il règne sur le fort. Percé, « comme un rocher au Canada », selon l’explication officielle, lors des présentations. Mais l’anecdote rapplique au galop. « J’étais trappeur au départ, le temps que les cheveux poussent… » C’est durant cette période que le pantalon de cuir du gaillard s’est effectivement fait percer, par la coque en plastique d’un fromage « Babybel » propulsée par un Colt. En pleine cuisse.
Quand il laisse au placard ses oripeaux, Percé s’appelle Jean-Michel. Il est employé municipal à Cestas. « En charge de quatre cimetières ». Il en a construit un cinquième derrière le drugstore.
Quelques croix fantomatiques en équilibre sur des monticules de terre meublent. « Sous cette pierre-là, il y a un bébé raton laveur », révèle-t-il à mi-voix. « J’en ai plusieurs à la maison ».
Chez Bowler – alias Thierry -, pas de raton laveur, mais du western en technicolor, de la cave au grenier. Il possède les affiches de films qu’il faut (« les six originales de « Rio Bravo » »), mais aussi « des portes battantes et un frigo américain ». Bowler revendique un amour immodéré pour « Rintintin », « Davy Crockett » et « Wanitou ».
Petit, Percé collectionnait les soldats de plomb. « Un jour, je suis tombé sur une fête avec des tipis, à Saint-Ciers ». Jean-Michel avait 31 ans. Depuis, il se costume en famille. Son épouse Soleil du matin (Isabelle) donne le biberon à Pluie qui tombe, en appui sur le bureau du shérif. Pluie qui tombe (« Luyana », en Navajo et à l’état civil), est sortie de la clinique Saint-Martin de Pessac en décembre dernier, dans un berceau indien coloré.
« Je dors dans la prison »
Dans leurs camps régulièrement organisés à Cestas, les 100 membres du Fort jouent aux cow-boys et aux indiens à la lueur des lampes à pétrole, sous l’autorité d’un shérif agréé. Si un téléphone portable sonne, c’est direct au cachot. Avisant les barreaux, Percé raconte qu’il avait autrefois posé un squelette à l’intérieur, avant qu’il ne soit dérobé.
À l’approche du grand festival Western de ce week-end, l’Indien craint pour le matériel entreposé. « Ce soir, je reste dormir au camp, dans la prison, annonce Percé. Chargé en calibre 45-70 ».
Au dehors, passé le lac poissonneux, Percé aventure ses bottes en territoire indien, du côté du canyon. Il avise un immense pylône sculpté. « Ce totem, on l’a acheté à Buffalo Grill, précise l’Apache. Il fait quand même 500 kg. C’est du bois exotique. » Le territoire indien est amené à prospérer. Percé esquisse un cercle sur l’herbe, de la pointe de sa botte. « L’année prochaine, nous construirons une hutte mandan, pour y danser des Pow-Wow. »
Depuis sa création, le village a bien poussé. Là, Soldat Bleu a construit sa tour de garde. Plus loin, en bordure de clairière, une nouvelle maisonnette est en finition. L’œuvre de Double-Scalp, un renégat apache atteint de calvitie.
Quarante campements
Ce week-end, Percé et sa bande attendent plus de 6 000 visiteurs. Parmi les animations : démonstrations de danse en ligne, concert country et tir à l’arc sur des animaux en mousse, grandeur nature. Et l’immanquable attaque de diligence, prêtée par la ferme exotique, qui fournit aussi un petit lot de poneys. « En échange, on avait attaqué leur train », précise Percé, crapahutant vers le saloon.
« Si un téléphone portable sonne, le shérif amène le malfrat au cachot »
Quarante campements amis, venus de la France entière, planteront aussi huttes et tipis sur les trois hectares du fort. Même un contingent de soldats américains de la Seconde Guerre mondiale, en costume, sera de la fête. « Beaucoup d’Indiens sont morts durant cette guerre », rappelle l’Apache.
Ce rassemblement draine une belle collection de fidèles, dont les trognes jaunies sont accrochées sur les murs du saloon. Il y aura Trash-Montagne, Cody, Pat Garret… Il y aura aussi Papy Oregon, qui vient de confirmer par téléphone. Sans oublier Nuage Noir, un Sudiste, par ailleurs chef artificier de Fort Boyard. Il gratifiera la foule de ses tirs au canon. En fait, peu importe qui ils sont vraiment, ou s’ils ont déjà vu l’Amérique. Seuls comptent l’habit, et la flamme dans les yeux. Et quand les Westerners s’envoient quelque missive, pour préparer les campements, ils n’écrivent pas Thierry, Jean-Michel ou Roland sur l’enveloppe. Mais Bowler, Percé ou Double-Scalp. « Les lettres arrivent toujours à destination », sourit l’Indien. Sauf si la diligence est attaquée.

« Festival Western 2010 », de ce soir jusqu’à dimanche soir. Entrée adulte 5 euros (gratuit pour les moins de 14 ans). Fort Rainbow, chemin Dubourdieu, sortie 24 de l’A 63. Plus d’informations sur le site www.fortrainbow.fr

La BD va mettre le Fort en bulles

Après les pirates en 2009, le Festival de la bande dessinée de Gradignan mettra à l’honneur le western, les 9 et 10 octobre. Ces derniers temps, Philippe Pichard, président de l’association Phylactère, qui organise ce week-end BD, a déambulé – en tenue de ville – aux abords du saloon de Fort Rainbow. Impressionné par l’application des membres à recréer la vie de l’Ouest américain, il a proposé à Percé et ses acolytes de venir mettre un peu d’ambiance au Solarium de Gradignan. Les Cestadais vont donc jouer aux cow-boys et aux indiens devant un parterre de prestigieux auteurs et dessinateurs de BD, dont Derib (Yakari), Michel Blanc-Dumont (Jonathan Cartland…), Thierry Girod (Durango, Wanted) ou encore Patrick Sobral (Les Légendaires). Les pensionnaires du fort promettent de « monter un tipi », faire des démonstrations de danse ou encore des duels. « Certains auteurs viennent exprès pour eux », raconte Philippe Pichard. Outre ces animations, ce 6e week-end de la BD met au programme une exposition sur l’histoire du western dans la BD, dévoilera des planches originales de Max Cabanes et Toppi et présentera une vingtaine d’auteurs en dédicace.

Un jeu très sérieux

L’Association française des amis de la vieille Amérique (Afava) recense les clubs de passionnés. En 2011, c’est Fort Rainbow qui accueillera le grand rassemblement national. Soit quinze jours de vie à l’ancienne, fermés au public.
En Allemagne, place forte des Westerners, la folie du Far West prendrait des proportions énormes, selon Percé.
« Là-bas, ils ont des troupeaux de bisons et de longues cornes. Et les cow-boys ne vont pas chez les Indiens… Sinon c’est un coup de tomahawk sur la tête… C’est des fous ! »